LES SOUVENIRS SOUS MA FRANGE (2009)

Quand Rose m’a demandé d’écrire sa bio, j’ai été flatté et puis j’ai refusé.

Parce que c’est difficile d’écrire sur une fille qui parle aussi bien d’elle et de nous tous. J’ai refusé pour éviter de tenter la belle phrase et d’être rattrapé et plaqué au sol par ses textes d’une évidence et d’une précision incroyable. Elle a cette audace du mot juste sans chercher l’artifice.

Et c’est peut-être pour ça, quand on l’écoute on a parfois l’impression de s’entendre penser, mais en mieux.

Je me suis défilé parce que je suis nul en dates et que je suis incapable de classer des événements dans un ordre chronologique. Et dans une bio il faut donner des informations.

A part la musique, elle a fait pas mal de choses. Dans le désordre et rapidement : institutrice, du droit, est allée en Israël , s’est mariée mais pas longtemps, a écrit des chansons depuis l’âge de 8 ans, son vrai prénom c’est Keren, a réussi à déchiffrer seule l’intégralité de la chanson « Si j’étais un homme » de Diane Tell, elle a une meilleure droite que Mike Tyson, elle fait une crise de la quarantaine à 30 ans, elle a enterré des bijoux de sa mère quand elle était petite dans une boite en carton mais ne se souvient plus où.

Et puis il y a eu, son premier disque, « Rose » et ce premier disque : c’était Keren avec ses chansons sous le bras qui découvrait le monde de la musique.

A la sortie de l’album, elle s’émerveillait que 200 personnes achètent son disque chaque semaine. Et puis quelque temps plus tard plus de 500 000 personnes sont allées chez leur disquaire, ont délicatement pris ses chansons dans un bac et sont passées devant la caissière qu’elles n’ont pas manqué de saluer et sont rentrées chez elles pour l’écouter.

Très vite un tube « La liste » et un autre « Ciao Bella » et des concerts, beaucoup de concerts. Elle est devenue Rose. Et Rose sait ce qu’elle veut.

Alors cette fois pour ces « Souvenirs sous ma frange », c’est elle qui va se mettre en musique. Elle a pris une guitare électrique et a écrit treize chansons avec à l’arrivée, un disque qui s’écoute et qu’on ne saurait interrompre dès qu’on a entendu le premier accord.

Il s’ouvre sur « Comment c’était déjà », et tout de suite, même si elle a grandi, on sait pourquoi on aime Rose. Ce dimanche matin, cette maison, ce petit rayon de soleil, ce sourire, si on ne les a pas vécus, on en a forcément rêvé. Et ces « souvenirs auxquels on tient » ce sont presque les miens.

Je n’écrirai pas cette bio et puis c’est tout.

Parce que Rose a écrit « Yes we did ». Cette chanson qui commence comme un petit carnet de bord doux amer de l’année 2008, finit comme un hymne sur les bêtises que l’on a faîtes et que l’on ferait mieux d’assumer. Vous allez entendre longtemps résonner ces « LalaLaLaLa« .

De plus, la jeune fille n’a pas seulement des chansons, elle a trouvé un son. Elle a finalement partagé ses compositions avec deux garçons Thibault et Jérôme d’un groupe appelé 1973. Tous les trois ils ont su distiller des arrangements d’une richesse incroyable, de l’épuré « Hannah » au dixieland de « Ma corde au clou », des violons et des chœurs, chaque mélodie donnera envie au public de s’arracher les cheveux pour choisir un morceau (Encore une fois je suggère l’écoute intégrale du disque).

Et enfin je n’écrirai pas sa bio, parce que, quand j’écoute ses chansons, j’ai l’impression d’entendre la fille qui est en moi. Et elle me plait beaucoup. Parce que Rose a le courage de se livrer dans ses chansons sans jamais être impudique.

Et surtout parce qu’il y a des filles comme ça, on a l’impression que le soleil n’éclaire qu’elle et si elle en doute vous m’aiderez à le lui rappeler.

A great album. Yes she did.

Thierry Teston