Interview (L’oreille qui gratte) / e-Magazine Nouvelle vague

Interview réalisée à La Colle sur Loup, dans la nuit du 31 Juillet au 1 Août 2007 par Simon Pégurier pour www.loreillequigratte.com

Rose - La Belle au Coeur déchiré

Les amoureux des plantes connaissent la Tango autrement appelée la rose de Vence. Les amoureux de musique et ou de belles filles connaissent Keren Meloul allias Rose dite « la Rose de Nice ». Rose a sorti il y a un an un premier album exutoire pour se remettre d'une séparation douloureuse. Dominique Blanc-Francard et la fine fleur française l'accompagnant en studio. Le résultat est une merveille entre Folk, variété et chansons. Les filles romantiques et piquantes se sont passées l'album en boucle, et cela est devenu un vrai succès avec un double disque d'or à la clé. Cet été fut l'occasion d'un retour au pays, et l'opportunité pour nous de la rencontrer, afin quelle nous dévoile la genèse de son univers. D'entrée elle s'est s'excusée, malgré l'heure très tardive, (1 heure du matin) elle a prévenu que l'interview serait longue, et ne pouvait pas faire plus court. Elle ne voulait pas mentir, tricher, elle se devait d'être honnête. L'ivresse d'une fin de tournée, d'une soirée arrosée, d'un retour à la maison et d'une nuit de pleine lune aidant, la langue se délie et nous donne un entretien d'une rare authenticité. 

Lorsque j'ai découvert ta musique, j'ai instantanément pensé à Keren Ann. La ressemblance est dans le mode de chant. Elle murmure et toi aussi ton chant est très bas. Travailles-tu cette tonalité ?

Tout d'abord, merci de me comparer à Keren Ann, j'aime beaucoup ce qu'elle fait et comme elle, je m'appelle Keren. Si j'ai pris un pseudo, c'est d'ailleurs pour éviter qu'on nous confonde.

Pour mon chant je fais uniquement ce que je peux faire. Je ne m'en contente pas mais je fais en fonction de mes possibilités. Dans les moments graves, ma voix susurrée se prête bien mais dans les envolées comme sur « julien » j'aimerais bien pousser ma voix. Je ne veux pas faire comme Carla Bruni des… (NDLR : elle souffle des petits meu meu meu). Je prends en ce moment les premiers cours de chant de ma vie, j'ai des problèmes orthophoniques, j'ai des nodules. Lorsque j'étais institutrice je devais parler trop fort. J'ai perdu ma voix il y a quatre ans. Pour être honnête je fais beaucoup la fête, je ne me ménage pas du tout, par exemple je fume 2 paquets par jour. Je devrais peut être me calmer. Axel Red me dit quelle travaille et quelle se préserve. Moi c'est seulement en cas d'extrême urgence, comme quand par exemple je perds ma voix, que je me repose.

28 ans c'est tard pour un premier album ?

Jusqu'à aujourd'hui dans ma vie, j'ai laissé les choses me tomber dessus tout le temps. Mes parents m'ont dit : «vas en Droit ça t'ouvrira des portes». J'ai réussi mes examens sans rien foutre du tout, je suis allée jusqu'à la maîtrise (NDLR : super ajoute-t-elle d'un air ironique !). Je n'aime pas le Droit, comme je ne savais pas quoi faire, une copine instit m'a appelée, elle voulait que je la remplace pendant six mois ce qui était possible grâce à ma maîtrise. J'ai donc fais 6 mois dans un CM1. Comme j'ai trouvé ça cool j'ai continué 1 an de plus, mais j'ai fait ça car je n'avais rien d'autre à faire. J'étais dans une école religieuse stricte, moi je passais des nuits blanches, j'arrivais à l'école fatiguée et je me suis dit que ce n'était ni bon pour moi, ni pour les enfants. Mes collègues et l'entourage le voyaient bien, et j'étais un peu la bête noire. J'ai arrêté en juin sans aucun projet. Je suis parti en vacances et à mon retour en septembre il m'était tombé une tuile : mon mec s'était barré ! J'ai donc repris l'écriture, que j'avais laissé tomber, et j'ai écrit 2 chansons « Julien » et « la liste ». A ce moment là ma meilleure amie Johanna a voulu se lancer dans la musique, elle a entendu les deux morceaux et m'a dit «avec ça on va casser la baraque !». Elle travaillait dans l'édition, elle les a montré à son boss, et dans la semaine elles m'ont appelé pour me proposer de signer. De là, elles m'ont trouvé un producteur etc… Depuis Johanna est ma manageuse. C'est un conte de fée où une fois de plus je n'ai rien cherché.

Tu n'as donc aucun plan de carriere ?

Je n'en ai pas. Mais j'ai des alternatives assez rigoureuses, le jour où je vais mal, je suis capable de me tirer une balle. Donc j'ai toujours eu de la chance : à chaque fois que ça allait mal il m'arrivait tout de même un truc bien. Si demain je tombe dans l'anonymat complet ou que je ne sais plus rien faire de mes dix doigts, je deviendrai folle ou quelque chose comme ça…

Avant ta rupture avais-tu déjà composé ?

Non un seul morceau à 20 ans « Les jeux sont faits » qui est sur l'album. Mais sinon j'ai toujours écrit des textes pour moi. Mais je rêvais de musique. Keren Ann c'était mon idole. Le jour où mon père l'a découverte il m'a dit en : « voilà une qui a volé ton nom ». Mon père m'a toujours dit que j'étais une artiste donc le jour où j'ai décidé que j'allais faire de la musique ça a été de la motivation générale.

Pour revenir à la question de tout à l'heure : avantage ou pas de commencer à 28ans ?

C'est un avantage, si j'avais commencé à 20 ans je n'aurai pas percé de suite, j'aurai donc connu 8 ans de galère comme quasiment tout le monde. C'est l'histoire du «lièvre et de la tortue», ça ne sert à rien de courir, il faut être prêt. Moi, comme je ne suis pas quelqu'un d'endurant, patient ou confiant, je n'aurai pas supporté de ramer. Au moment où je commence à faire de la musique, il faut que ça marche, que je n'aie pas de claque dans la gueule, sinon j'arrête. Et là j'ai eu la chance absolue. Cela fait 7 ans que mon compagnon est à Paris pour « réussir » et cela ne marche toujours pas, pourtant il ne lâchera jamais le morceau. Pour moi une telle persévérance est impossible.

Mon succès si rapide, ça emmerde tout le monde, ils sont jaloux. J'ai passé ma jeunesse dans les bars de Nice et Monaco comme groupie de dizaines de groupes. J'étais, par exemple, avec Medi (NDLR : Medi and the Medicine show) Caligagan, Bensé... Ils m'ont donné la chance de jouer avec eux dans les bars, je faisais 4 reprises, bourrée, et j'avais mon heure de gloire. Maintenant ils ne me demandent plus rien, mais moi je n'ai voulu doubler personne.

Si vous ne le connaissez pas je vous conseille de découvrir Médi. C'est formidable il a une voix de malade, une gueule d'ange, ce qu'il fait c'est énorme, il mérite vraiment de réussir. C'est marrant on est deux niçois et nos albums sont sorti le même jour. Pour moi Medi est le type qui a le plus de trucs pour réussir, il devrait être un Lenny Kravitz, ce mec là devrait être à coté de Bono aujourd'hui. Medi c'est sûr, à un moment donné ça va exploser.

Considère tu ton album comme féministe ?

Féminin, pas féministe. Je ne suis pas féministe, on a trop besoin des hommes. Les filles s'y retrouvent, car tout le monde a vécu une rupture. Ce n'est pas une rumeur que les filles viennent de Venus et les garçons de Mars. On a besoin l'un de l'autre, mais on ne se comprend pas. Moi je parle de ce que ressentent les femmes. Par exemple, on voudrait que notre homme nous attende sur le quai de la gare or, il t'attend chez toi. A l'arrivée tout le monde a les boules, alors que lui a déjà fait l'effort de t'attendre, du coup tout foire, alors que tous les deux vous avez envie de vous retrouver. Les choses importantes pour les filles ne sont rien. Si ton mec te dit «je vais aller faire un foot avec mecs copains», il faut lui dire que c'est génial alors que tu en as rien à foutre, pour toi le Dimanche tu préfères faire un brunch en famille. Depuis que j'ai vécu cette rupture, je me suis remise avec mon mec et on se comprend, il m'attend sur le quai de la gare et s'il me dit qu'il part en montagne cinq jours avec des potes je lui dis, « c'est super ça va te faire du bien ».

>Un morceau comme « La liste » est clairement féminin. Si tu demandes à un mec ce qu'il veut faire dans son couple il y en a qu'un sur cent qui te dira vouloir une petite fille. Moi un mec qui me dit ça, je tombe amoureuse de lui. Pour avoir un enfant, un mec te dira toujours que c'est pas le bon moment : j'ai pas la maison, j'ai pas le boulot, j'ai pas ci pas ça…

C'est une super surprise que les filles se reconnaissent là dedans. Moi quand je l'ai fait c'était purement égoïste je racontais mon histoire car ça me faisait du bien.

Tu viens de nous dire que tu t'étais remise avec ton ex. Donc tout va bien maintenant comment envisages-tu donc la suite ?

C'est la merde pour écrire maintenant, il faut que je me mette dans des trucs mélancoliques. En tournée, quand tu es seule dans une chambre d'hôtel pourrie, c'est facile. J'ai écrit trois chansons dont je suis super contente, en plus elles sont hyper positives. Mais pour prendre le cheminement de l'écriture, d'attraper ton stylo, il faut avoir un peu le spleen. C'est pas quand je vais super bien que je prends mon cahier, c'est quand j'ai un peu de blues, quand je suis seule, quand ma famille mes amis me manquent et là ; tu as envie d'écrire.

Dans la vie tu fais régulièrement des listes ?

Oui, tout le temps c'est horrible. Je fais des listes super importantes : faire ta déclaration, d'impôts, changer l'adresse, changer de RIB… des trucs qui te bousillent la vie si tu les fais pas. Par exemple ça fait six mois que j'ai déménagé et je paye encore Noos, alors que je ne regarde pas. J'adore faire des listes, j'ai l'impression que ça me soulage des choses mais après je les fais pas. Comme je suis complètement insomniaque je fais des listes toute la nuit, le matin je me réveille et je ne fais rien de ce qu'il y a écrit sur la liste. Alors que c'est un pur bonheur, c'est jouissif, quand tu te prends en main, de rayer une à une les choses de la liste que l'on a faites. Tu te sens enfin organisé. Mais moi, quand est-ce que je serai enfin organisée. (NDLR : à ce moment elle cherche dans son sac à main et dit « par exemple j'ai des brosses à dents partout »)

Pour parler de ta musique tu dirais : Variété, Folk ou Chanson ?

Les trois. Adolescente j'écoutais de la variété c'est pour ça que ce terme ne me vexe pas. J'écoutais : Berger, Goldman, Cabrel et mieux Gainsbourg. Mais j'ai une grande culture américaine surtout folk : Dylan, Crosby Still Nash and Young, Simon & Garfunkel… je baignais là dedans mes parents écoutaient ça. Comme anglais il n'y avait que les Beatles, mon père adorait. Il écoutait aussi Bowie, Stevie Wonders

Vu que ton pseudo vient de Janis Joplin, j'imagine que c'est ce qu'il y a de plus important pour toi.

Joplin ce n'est pas une influence dans le sens où je n'ai pas baigné dedans. Je l'ai découvert à 20 ans. Je suis tombé sur un reportage sur Arte et j'ai pris un choc, une électrocution. C'est à sa découverte que j'ai écris ma première chanson. C'est là que je me suis dit si tu veux être belle comme ça, il faut que tu chantes. Surtout que Janis Joplin n'était pas vraiment magnifique. Mais sur scène avec elle j'aurais été lesbienne sans soucis, une fille comme ça, cela vaut tous les mecs du monde.

Comment Dominique Blanc-Francard est-il arrivé à la production de ton album ?

C'est le label qui a tout décidé. Moi je ne le connaissais pas. J'ai écouté tout ce qu'il a fait et j'ai aimé. Lui aussi aime ce que je fais. On a parlé des heures et des heures pour savoir ce que je voulais. Je voulais un truc assez simple il a fait en fonction, c'est ensuite lui qui a fait tout le casting des musiciens car je ne connaissais personne.

Peux-tu nous citer des coups de coeur en

- Musique : Je ne vais pas parler de Bensé car son album ne sort pas maintenant. Cen'est pas une découverte mais le dernier disque que j'ai acheté c'est Icky Thump des White Stripes. Je trouve que quoi qu'ils fassent, c'est une merveille. Honnêtement Jack White c'est la chair de poule à tous les coups, avec le dernier c'est plus rock, je l'écoute donc à fond.

- Littérature : Missionnaire de Joan Sfar. Il dessine quand il veut, il écrit ce qu'il veutça c'est de la littérature punk. Tu fais ce que tu veux quand tu veux.

- Cinéma : malheureusement je n'ai pas le temps d'aller au cinéma. Quand j'ai dutemps je veux être tranquille, m'asseoir où je veux, fumer ma clope où je veux. Du coup le cinéma c'est trop contraignant. J'attends donc les DVD. En ce moment dans le camion on en regarde plein. Le dernier que j'ai vu et qui m'a bloqué (alors que c'est super vieux) c'est « L'effet papillon ». C'est un des meilleurs films que j'ai vu.

L'article est également paru dans l'e-Magazine Nouvelle Vague en novembre 2007

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